45ème Régiment d'Artillerie de Campagne

quilesfrederique

1er août 1914. Les cloches de la vieille cathédrale tintent lugubrement et l'écho de leur bourdon funèbre retentit au loin dans les campagnes. Courbé sur le soc de sa charrue, le gars du Loiret soudain se redresse, son cœur s'étreint d'une émotion sacrée. Après avoir embrassé les siens, il court répondre à l'appel de la Patrie menacée.Le 45e vient de rentrer des écoles à feu. La tension desévénements a fait précipiter son retour. Le 2 août il prendses quartiers de mobilisation et fiévreusement les unités s'équipent sur le pied de guerre. Les anciens arrivent le 'cœur joyeux, le sourire aux lèvres. De suite ils fraternisent avec les jeunes dont ilsgrossissent les rangs. Cultivateurs beaucerons ou solonianx,ouvriers de la banlieue parisienne, tous brûlent du même désir, de la même hâte de courir à la frontière et d'aller se mesurer avec l'agresseur maudit.Les braves chevaux de réquisition sont amenés par leurs propriétaires qui parfois versent un pleur en les quittant.
N'oublions pas ces bonnes bêtes qui vont partagea avec nous tous les hasards et toutes les fatigues de la. campagne..

Le 6 août le régiment est prêt. Les premiers éléments partent. Pour toutes les batteries c'est, jusqu'au quai d'embarquement, tout un cortège de femmes, de fleurs, de sourires. et de larmes. Déjà l'on crie « On les aura » et sur les wagons des inscriptions portent « A Berlin ». La joie déborde sur tous les visages, les cœurs sont en fête :on y va en beauté, carrément, à la française.
Après cinq ans, maintenant que nous sommes rentrés,rappelons-nous ceux qui partirent ainsi l'âme joyeuse etqui restèrent là-bas. Conservons pieusement leur souvenir pour redire leurs noms à nos fils : leur sacri fice a fait la
France éternelle !

Le 45e; sous le commandement du colonel Consigny secondé par le lieutenant-colonel Hecq, constituait l'artil-
lerie de corps du 5e corps d'armée. Il comprenait 4 groupes :
1er Groupe, commandant Vacherot;
2e Groupe, commandant Viollet;
3e Groupé, commandant de Goncourt;
4e Groupe, commandant Rollet.

2. — Vers le  Boche

Les groupes débarquent à Lérouville et se rassemblent dans la région de Saint-Mihiel. La moitié du régiment cantonne dans les casernes de Chauvoncourt.

Puis c'est par étapes inégales la marche vers le Nord.

On longe d'abord la Meuse, on passe à Troyon, à Lacroix-sur-Meuse, à Ambly-sur-Meusè, à DamIoup. Marches mati-nales au milieu du brouillard épais qui emplit la valléedu grand fleuve. Cantonnements rapides dans les villages barricadés où les sentinelles veillent - nerveusement et jettent parfois l'alarme parce qu'un chat a bougé.Près de Damloup, sur les Hauts-de-Meusc, on s'arrête,on met ~n batterie et l'on attend. Au pied des contreforts
où sont les positions s'étend la Wœvre immense, et plate.Quel champ 'de tir, quels objectifs ! on regrette que nos canons ne portent pas à 15 kilomètres.

Mais d'ennemi toujours point. On avait pensé qu'on l'aborderait directement, tous ensemble, d'un premier et unique élan. Pourquoi ne vole-t-on pas au-devant de lui?Pourquoi, cette attente, cette incertitude? Première école delà patience Poilu, tu auras encore à patienter.Finalement l'on se contente de se dire de l'un à l autre
., .en manière de plaisanterie : « Dis. donc, crois-tu qu'il y à laguerre? » ",'.

On contourne Verdun; on traverse Bezonvaux, on can-tonne à Ornes. Le 19 et le 20 août on manœuvre autourdes Jumelles. Les premières nouvelles arrivent d'Alsacepar le premier buuetin des Armées de la République.. Onapprend aussi qu'on s'est battu tout près, à Mangiennes,que les Boches ont reculé et que les 75 ont bien travaillé dans cette affaire.

Le 21 août, on marche vers Longuyon. Des batteries,qui traversenti. Mangiennes, voient autour du village deschamps tout parsemés de croix de bois portant des képisrouges. Dans le village même, une grande maison, où flottéle drapeau blanc avec la croix de Genève, montre à traversses vitres des femmes vêtues de blanc qui s'empressent autour des lits de souffrance.

Et après Longuyon^ abandonné depuis deux jours par lès Allemands et traversé par le régiment au milieu des ovationset des cadeaux, le soir dans le ciel s'élève vers leNord-Est une grande colonne rouge : c'est Longwy qui brûle.


 Premiers Engagements

Le recul des Allemands de Marxiennes et de Lpnguyon n'avait été qu'un. épisode de combat d'avant-garde. LE 22 Août, le 5e corps, engagé dès le matin, sur la frontière 1belge entre Lpngwy et Saint-Pan cré, se heurte à des forces ennemies insoupçonnées et solidement retranchées. A l'aile gauche, la 9e division subit des pertes élevées en infanterieet en artillerie; Le 45e, tenu en réserve au début de l'action
est ensuite charge de protéger la retraite de la 9e division.

Mais l'ennèmi ne cherche pas à exploiter son premier succès. Seul le 3e groupe tire, assez tard dçtns l'après midi,
quelques coups, de canon. ", .:Le 23, tout le régiment, déployé sur la .crête qui s'étend.: de Noërs à Petit-Failly, couvre de ses feux le repli de nosarrière-gardes. Patrouilles de uhlans débouchant des bois,détachements d'infanterie franchissant les crêtes sontautant d'objectifs que nos batteries arrosent de leurs,shrapnells et idelelirs- explosifs. Sous cette protection notre infanterie peut franchir la -Chiers sans être inquiétée. Mais bientôt la ligne des pièces reçoit le feu de. la mitraille ...
 

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